Discours/Op-Ed 2008
L'AMBASSADEUR
Fête de l'Indépendance, Paris, 4 juillet 2008
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,
Merci à tous d’être venus aujourd’hui pour célébrer avec nous la Fête de l’Indépendance des Etats-Unis. Et un merci tout spécial aux quatre orchestres qui animent notre réception: la Greenwich Choral Society, le Yorktown Fife and Drum Corps, le Disney Jazz Band et l’U.S. Army Little Big Band.
Ce 4 juillet 2008, marque le deux cent trente-deuxième anniversaire de l’Indépendance des Etats-Unis; c’est un grand jour pour mon pays et pour moi personnellement.
En effet, je suis arrivé en France le premier juillet 2005, et je me souviens parfaitement de ma première Fête de l’Indépendance : j’étais un peu nerveux en prononçant mon discours dans un français plutôt hésitant.
Aujourd’hui, c’est mon quatrième et dernier 4 Juillet à Paris, en tant qu’Ambassadeur. Je crois qu’aucune autre ville ne se prête aussi bien à cette célébration.
En 2005, au moment de quitter les Etats-Unis pour venir en France, bien des gens me disaient que ma mission serait difficile. A la suite de notre désaccord au sujet de la guerre en Irak, l’anti-américanisme des Français était manifeste ; c’est ce que disaient tous les sondages. Mais Debbie et moi sommes venus avec la ferme intention de reconquérir nos amis, un par un si nécessaire.
En fait, nous avons trouvé une situation bien différente de ce que nous attendions. Partout en France, nous avons été accueillis avec gentillesse, par des gens chaleureux et bienveillants.
En trois ans, j’ai effectué plus de quatre-vingts voyages à travers la France. Debbie et moi avons visité des grandes villes et des centres de haute technologie, des villes moyennes et des petits villages dans ce pays magnifique.
J’ai discuté avec des officiels, des maires et des préfets, des directeurs de musées, des étudiants et des professeurs, des hommes d’affaires et des chefs d’entreprise ; j’ai diné avec des vignerons, des chefs et des restaurateurs.
Dans tous les milieux – du Président de la République aux enfants des écoles préparant un premier voyage aux Etats-Unis, nous avons noué des amitiés dans la France entière. Nos amis français sont chers à nos cœurs et ils le resteront.
Les liens entre la France et l’Amérique sont anciens – ils sont même antérieurs à la naissance des Etats-Unis. Ces liens ont été maintenus et renforcés pendant plus de deux siècles et demi par des gens de bonne volonté des deux côtés de l’Atlantique. Aujourd’hui comme hier, nous sommes des alliés stratégiques, mais nous sommes bien plus encore, car nos vies, nos cultures et nos sociétés sont étroitement mêlées.
Quoi de plus naturel, donc, que de placer notre fête d’aujourd’hui sous le thème « Liberté, Amitié et Jumelages » ? Permettez-moi de saluer ici les représentants de nos villes jumelles:
- Greenwich, dans le Connecticut, et Vienne ; - Saint-Louis du Missouri et Lyon ; -Seattle, dans l’Etat de Washington, et Nantes ; - Princeton, dans le New Jersey, et Colmar ; - Lexington, dans le Kentucky, et Deauville ; - Houston, Texas, et Nice.
Bienvenue à tous! Les jumelages entre villes américaines et villes françaises ne sont pas une nouveauté pour moi. J’ai grandi dans une famille où ces relations étaient déjà un sujet de conversation à table. Ma mère avait fait construire une maison de style français ; elle organisait des fêtes pour le 14 Juillet et, avec mon père, elle instaura le jumelage entre Brest et Denver. Demain, je serai à Brest pour y rencontrer l’ancien maire, Georges Lombard, qui a facilité ce jumelage à l’époque.
Mon père, Benjamin Franklin Stapleton, a été décoré de la Légion d’Honneur en reconnaissance de ses services en tant que Consul de France Honoraire à Denver, dans le Colorado. Mes parent adoraient la France et ils m’ont transmis leur amour pour ce pays. En 1962, ils m’ont envoyé passer l’été à Lille dans une merveilleuse famille française. Quarante-six ans plus tard, je tutoie encore mon frère français, Joseph Réquillart.
Malgré une telle initiation, mes années d’ambassadeur dans cette belle ville et ce pays béni ont été un voyage personnellement très enrichissant ainsi qu’une découverte de la vraie France.
Lors d’une visite au cimetière américain de Meuse-Argonne au début de mon ambassade en France, j’ai découvert que le cousin de mon grand-père, le deuxième classe Flem Stapleton, avait combattu en France en 1917 (mille neuf cent dix sept). Ce modeste jeune homme de 19 ans, venu du Kentucky, était soldat de la 2ème division du 9ème Régiment d’Infanterie. Il fut tué le 12 septembre 1918 (mille neuf cent dix-huit), au premier jour de l’offensive du Général Pershing, probablement par un tir de mortier. Son corps n’a jamais été retrouvé mais son nom figure sur le mur des disparus au combat dans le cimetière américain de Saint-Mihiel.
A l’autre bout du monde, une génération et une guerre mondiale plus tard, mon père a été l’un des boys à combattre dans le Pacifique à bord du cuirassé Shea. Le 17 avril 1945 (mille neuf cent quarante-cinq), jour de ma naissance, son navire fut touché par un kamikaze - ce que ma mère n’apprit qu’après plusieurs jours. Il survécut à ses blessures, mais nombre de ses camarades perdirent la vie.
Chaque fois que j’ai eu l’occasion de visiter un cimetière américain de la Première ou de la Seconde Guerre mondiale à travers la France, j’ai remarqué que la plupart des victimes étaient de simples soldats de deuxième ou de première classe, des jeunes gens, presque encore des enfants, sans aucune expérience du combat. L’année dernière, lors d’un discours impromptu sur la tombe du Marquis de Lafayette, l’image de ce jeune noble français traversant l’Atlantique à bord de l’Hermione pour aller combattre auprès du Général George Washington s’est mêlée aux images de ces jeunes gens débarquant sur les plages normandes pour combattre et mourir pour la liberté; et j’en ai eu les larmes aux yeux.
Leur exemple nous ont appris que la force de nos nations ne provient pas d’actions unilatérales mais qu’elle se forge dans les amitiés et les alliances.
Les Etats-Unis et la France savent qu’ils peuvent aller plus loin lorsqu’ils travaillent ensemble. Notre amitié et notre alliance sont fondées sur les valeurs essentielles que nous chérissons: la liberté, la démocratie, les droits de l’homme, la primauté du droit et la tolérance sociale. Les Etats-Unis et la France continuent à coopérer étroitement dans de nombreux domaines :- pour combattre le terrorisme en Europe et à travers le monde ;- pour stopper le développement et la prolifération des armes de destruction massive par l’Iran ;- pour instaurer la stabilité dans les Balkans ;- pour encourager un Liban stable et démocratique, libre de toute influence étrangère, et un Moyen-Orient où un Etat israélien et un Etat palestinien vivront en paix, côte à côte;- pour combattre les Talibans et établir une démocratie stable en Afghanistan ;- et, je suis heureux de le mentionner, pour aider les efforts cruciaux de reconstruction de l’Irak, par le biais de l’aide humanitaire et du soutien à la réconciliation politique.
Dans tous ces domaines notre coopération est étroite et forte. La coopération provient des liens durables de l’amitié franco-américaine, et ma mission diplomatique en France m’a fait sentir l’importance pour notre génération de garder présents et de renforcer ces liens, pour la prochaine génération et pour les suivantes.
Il y a trois semaines, nous avons accueilli à Paris le Président George Bush et la Première Dame Laura Bush. Côte à côte, le Président Sarkozy et le Président Bush ont participé à un événement historique, le 14 juin: l’inauguration, dans ce jardin, de la statue La Flamme de la Liberté, œuvre du grand sculpteur Jean Cardot. Comme le Président Sarkozy l’a déclaré à cette occasion : « nous devons inscrire nos relations dans l’avenir ».
Aussi j’aimerais vous demander, à vous tous ici présents, de vous joindre à moi pour prendre l’engagement que nos enfants et les enfants de nos enfants - Français et Américains – n’oublieront jamais le voyage du Marquis de Lafayette à bord de l’Hermione, qu’ils se souviendront toujours que nous n’aurions peut-être pas été vainqueurs de la Guerre d’Indépendance sans le secours de l’Amiral de Grasse sur mer et du Général de Rochambeau sur terre, qui permirent au Général Washington de faire capituler les Britanniques à Yorktown.
Prenons l’engagement que nos enfants et nos petits-enfants – Français et Américains – n’oublieront jamais les jeunes Américains qui ont combattu et sont morts à Saint-Mihiel et sur les plages d’Omaha et de Utah au nom de la liberté.
Prenons l’engagement que les futures générations se souviendront et entretiendront le symbole de cette grande flamme de la liberté qui incarne les valeurs et les liens qui unissent la France et les Etats-Unis.
Sur le socle de la statue de Jean Cardot sont gravées des citations de deux de nos grands hommes. Celle du Marquis de Lafayette disant à la fin de la Guerre d’Indépendance : « L’humanité a gagné sa bataille. La liberté a trouvé son pays ». Celle de Benjamin Franklin, premier représentant de l’Amérique en France, disant : «Là où est la liberté, là est mon pays ».
Depuis plus de deux siècles, ces mots ont une signification profonde pour nos deux peuples. Ils m’ont inspiré au cours de mon ambassade en rance. Ce fût un honneur et un privilège de servir les Etats-Unis et notre Président, George Bush, comme Ambassadeur des Etats-Unis en France.
Vive la France. Vive les Etats-Unis.