Chat
Environnement
Robert W. Dry, Conseiller pour la Science, l'Environnement et les Nouvelles Technologies, répondait en ligne le 27 septembre à 14h à vos questions sur l’environnement, les changements climatiques et les principales conférences liées à ces sujets.
Biographie
Conseiller pour la Science, l’Environnement et les Nouvelles Technologies depuis juillet 2004, Robert Dry a encouragé les relations scientifiques franco-américaines et les régimes de non-prolifération. Il a particulièrement axé son travail sur le réchauffement climatique et les technologies d’énergie, en multipliant les contacts avec la Commission à l’Energie Atomique (CEA) et des agences françaises d’environnement. Avant Paris, il a été en poste à Muscat comme Chef de Mission Adjoint. De 1999 à 2004, il a travaillé à Hanoi et participé à la conclusion d’un accord commercial entre le Vietnam et les Etats-Unis, ainsi qu’à un accord Umbrella Science and Technology. A Jakarta, Monsieur Dry a assuré la fonction de Délégué à l’Energie et Conseiller Scientifique Adjoint. En plus de ses postes au Département d’Etat, il a également travaillé en Irak, en Arabie Saoudite et en Chine. Il est diplômé de l’Université de Glasgow et de l’Université George Washington. Originaire de Pennsylvanie, il est marié et père de deux enfants. Il aime le vélo, le camping et la plongée sous-marine.
Compte-Rendu du chat
A: claudiam Q: Est-ce que l'Administration américaine a officiellement reconnu le réchauffement climatique? Est-ce que le Président Bush reconnaît l'impact de l'activité humaine sur le changement climatique?
Robert W. DRY R: Bien sûr. Nous sommes parfaitement d'accord avec les travaux du GIEC pour la Convention cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques. Les scientifiques américains ont contribué pleinement à ces travaux et au développement des connaissances dans ce domaine.
A: Vincent Q: Bonjour, Pensez-vous qu'un pays comme les Etats Unis puisse se passer d'une politique environnementale claire (gouvernementale s'entend) sans prendre le risque de n'avoir aucune crédibilité pour imposer aux pays émergeants des mesures restrictives qui seront rapidement nécessaires? Merci d'avance pour votre réponse. Cordialement
Robert W. DRY R: La réglementation en matière d'environnement est extrêmement forte aux Etats-Unis. Il existe des normes sur la qualité de l'air, de l'eau, le contrôle des déchets à tous les niveaux du gouvernement (fédéral, état, comté, municipalité). Les Etats-Unis ont joué et continuent à jouer un rôle majeur dans l'élaboration de règlements pour protéger l'environnement. Très important aussi: nous veillons à tous les niveaux à ce que cette réglementation soit rigoureusement appliquée. Prenez par exemple la peinture au plomb ou l'amiante dans les vieux bâtiments: des actions sont menées contre les sociétés ou même les particuliers qui n'appliquent pas la loi. C'est, je crois, une des grandes différences entre les Etats-Unis et beaucoup de pays émergents. J'ajouterai que beaucoup de lois et de réglementations environnementales américaines et leur niveau d'application sont vraiment très proches de ce qui se fait dans l'UE et dans les autres pays développés. Il y a d'ailleurs un dialogue constant entre tous ces pays dans des forums tels que ceux de l'OCDE.
Olivier Q: Good afternoon. I would like to know what role the U.S. will have in the meeting in Bali in December? Thank you.
RobertWDry R: Thank you for your question. The United States is very much looking forward to being a full negotiating partner in the upcoming talks in December in Bali. The U.S. hopes that we can us the momentum gained in the several climate meetings – under UN auspices and otherwise -- that have already taken place to include the recent talks in Vienna and also the meeting that took place earlier this week in New York under the auspices of Secretary General Ban Ki Moon and, of course, the Major Economies Meeting – President Bush’s initiative - that kicks off momentarily in Washington, D.C. The U.S. is convening the Washington meeting in order to achieve consensus views and positions among the major economies which can then be taken to Bali. Now – there is hardly an issue as complex as this – so we may not achieve the kind of consensus needed in a two day period. The Administration plans therefore to be several follow up meetings through 2008 to refine positions to move forward the post-Kyoto process and come up with a global or planetary way forward on the climate.
A: marie Q: Est-ce que selon les Etats les politiques concernant le réchauffement climatique sont différentes? Merci
RobertWDry R: Vous avez tout à fait raison, aux Etats-Unis, il y a de grandes différences de politiques et législations entre les Etats et entre le gouvernement fédéral et les Etats.
Certaines régions particulièrement arides doivent importer davantage de ressources énergétiques. D'autres régions produisent du charbon et l'exportent. Chaque Etat est extrêmement preoccupé par les émissions de gaz à effet de serre et par la question du développement durable.
Le gouvernement fédéral travaille en étroite collaboration avec chacun des Etats. Je voudrais également souligner que de nombreuses villes, sociétés et entreprises travaillent également ensemble pour apporter des solutions à la réduction des émissions.
J'aimerais ajouter que le maire de New-York, Monsieur Bloomberg, qui est un leader international dans la mise en place de mesures pour le développement durable urbain, rencontrera cette semaine le maire de Paris ainsi que des membres du gouvernement pour discuter plus avant des meilleures pratiques et mesures à mettre en place.
A: remi Q: Le President Sarkozy s’est clairement prononcé en faveur de l’énergie nucléaire dans son discours de cette semaine aux Nations Unies. Quel est l’avenir de l’énergie nucléaire aux Etats-Unis?
RobertWDry R: L’énergie nucléaire represente environ 20% du total de l’énergie électrique aux Etats-Unis. Nous envisageons pour l’avenir de continuer à nous appuyer sur le nucléaire comme choix d’approvisionnement énergetique. Nous réflechissons conjointement avec la France, le Japon et un certain nombre d’autres pays en pointe de la technologie à l’élaboration de concepts plus sûrs et résistants à la proliferation. Il y a juste deux semaines a Vienne, avant la reunion annuelle de l’AIEA, un certain nombre d’économies, y compris la France, ont adhéré aux principes du GNEP (le Partenariat Mondial sur l’Énergie, initiative américaine).
A: Marie_1 Q: Bonjour M. Dry. Je voudrais connaître l'importance de l'énergie nucléaire aux Etats Unis? Est ce que c'est une source d'énergie sûre à votre avis?
RobertWDry R: A mon avis, oui c'est non seulement une source d'énergie sûre actuellement mais c'est une source qui deviendra inévitablement la source d'énergie de l'avenir. Nous travaillons actuellement au développement de nouvelles centrales nucléaires en Europe et aux Etats-Unis. Ce sont des équipements extrêmement sophistiqués avec des dispositifs de securité renforcés. Il est également important de garder à l'esprit l'existence des systèmes de contrôle et de réglementation du nucléaire aux Etats-Unis (NRC, l'équivalent de l'ASN en France ou de l'IRSN). Ces agences et leur personnel régulent de façon très stricte les opérations dans les centrales nucléaires.
A: emilie Q: Les Americains sont reputés pour leur façon de gaspiller l’énergie, en choisissant de grosses voitures par exemple. Que fait le gouvernement américain pour encourager les gens à changer leurs habitudes ?
RobertWDry R: Vous avez raison ! Nous consommons beaucoup trop d’énergie et d’autres ressources aux Etats-Unis et il est indispensable que nous réduisions cette consommation. Dans le dernier discours de l’Union, le Président a demandé au Congrès de voter la loi « 20 en 10 » qui vise à réduire la consommation d’essence de 20% en 10 ans, à l’horizon 2017. Le premier Jour de la Terre en 1970 a sonné l’alarme dans notre pays. A cette époque, une rivière était tellement contaminée qu’elle avait pris feu. Des villes entières etaient désertées parce qu’elles avaient été construites sur des matériaux toxiques et la pollution de l’air etait telle que dans certaines cités les gens en étaient rendus à changer de chemise deux fois par jour ! Depuis 37 ans nous avons travaillé pour nettoyer notre environnement et les resultats sont là : notre air est plus propre, notre eau plus pure et notre sol bien mieux protégé qu’il y a une génération. Mais le plus grand changement réside dans la façon dont les Américains se positionnent par rapport à la protection de l’environnement. Il y a 30 ans, les préoccupations environnementales étaient généralement perçues comme un phénomène de mode. Aujourd’hui, les communités, les companies, les individus rivalisent pour « se mettre au vert ». L’arrivée de cette « culture verte » apparaît clairement dans les journaux que vous pouvez consulter. Les Américains sont conscients que la protection de l’environnement n’est pas seulement l’affaire de l’Agence pour la Protection de l’Environnement (la EPA) mais bien l’affaire de chacun.
A: jeancharles Q: Les biocarburants ne sont-ils pas une fausse bonne idée ?
RobertWDry R: Les Etats-Unis encouragent fortement le développement des biocarburants. Ceci dit, il est absolument nécessaire d'améliorer le rendement des technologies existantes. Il faut aussi passer le plus vite possible au développement de biocarburants de deuxième génération. Les Etats-Unis consacrent actuellement des centaines de millions de dollars afin de mieux comprendre quel type d'enzimes peut etre utilisé pour casser la cellulose dans la biomasse. Regardez les subventions qui sont accordées aux compagnies qui travaillent dans les biotech. Elles étudient par exemple le génôme des bactéries dans l'estomac des termites.
Pour de plus amples details, vous pouvez consulter le site du departement de l'énergie: www.doe.gov.
Lucien Q: Les Etats Unis comptent beaucoup sur les biocarburants pour l'avenir, mais n'y a–t-il pas des risques pour le secteur agro alimentaire?
RobertWDry R: La question de la securité alimentaire associée la production de biocarburants traditionnels demande à être davantage étudiée.
Par exemple, certaines méthodes utilisées pour la culture du maïs consomment beaucoup d'énergie. De nouvelles methodes de culture et de recolte permettront de réduire ces consommations. En même temps, il existe des préoccupations sur la sécurité alimentaire et c'est pourquoi il est indispensable que nous développions le plus rapidement possible les biocarburants de deuxième génération. Nous ne devons pas nous contenter d'utiliser les epis de maïs mais l'ensemble de la plante.
A: breizh Q: Bonjour M. Dry. Les Etats-Unis ont une avance évidente quant à l'utilisation de l'éolien (c'est l'illustration que vous avez choisie pour le chat!). Que représente cette énergie aux Etats-Unis? Est-elle économiquement rentable ? Quelles en sont les contraintes?
RobertWDry R: De nombreuses personnes aux Etats-Unis sont tout à fait favorable à l'énergie éolienne. Certains Etats disposent d'un climat propice à l'utilisation de cette énergie. Le coût des turbines a fortement diminué et il existe maintenant des micro-turbines qui peuvent être utilisées. De nombreuses compagnies europeennes spécialisées dans l'éolien s'implantent maintenant aux Etats-Unis.
En ce qui concerne les coûts, cette technologie est de plus en plus rentable. En même temps, la demande pour des 'énergies naturelles' ne cesse d'augmenter. Je voudrais également souligner que s'il existe certaines craintes sur l'impact que cette technologie peut avoir par exemple sur les oiseaux, ce type de préoccupations est traité par les milieux scientifiques et des specialistes de la question (système accoustique pour éloigner les oiseaux par exemple).
A: marielaure Q: Comment peut-on inciter les pays qui sont les principaux responsables des émissions, en particulier parmi les pays émergents comme la Chine ou l’Inde, à réduire leurs émissions alors que des nations développées comme les Etats-Unis refusent de signer des traités comme celui de Kyoto?
RobertWDry R: En mai 2007, le President Bush a annoncé que les Etats-Unis apportaient leur soutien au développement avant la fin 2008 d’une nouvelle stratégie contre le changement climatique pour l’après-2012. Contrairement a Kyoto, ce projet prévoit un cadre réellement mondial qui inclut les grandes puissances économiques – à la fois parmi les pays développés et les pays émergents. Les Etats-Unis collaborent avec l’ensemble de la region Asie-Pacifique pour promouvoir la securité énergétique, réduire la pollution et s’attaquer aux défis à long-terme du changement climatique mondial. Par exemple, à travers le Partenariat Asie-Pacifique sur le développement propre et sur le climat, nous développons et nous utilisons de nouvelles technologies et des approches volontaires destinées à aider les nations voisines à developper leur économie avec le moins de conséquences possibles sur l’environnement. On prévoit que les émissions de gaz à effet de serre par la Chine vont dépasser celles des Etats-Unis dès cette année. Nous sommes convaincus que la Chine et les autres économies émergentes doivent elles aussi prendre des mesures, en fonction de leur contexte local, afin de renforcer la sécurité énergétique et de réduire les émissions. Le Président Bush fait appel à la participation active de toutes les grandes puissances économiques, y compris la Chine, l’Inde et le Bresil, au développement d’un cadre plus fonctionnel pour l’après-Kyoto.
A: vincent3 Q: Les Etats-Unis doivent-ils (et peuvent-ils) s'imposer de plus grandes contraintes écologiques que les pays émergents ?
RobertWDry R: Les Etats-Unis ont créé il y a quelques années le Partenariat Asie-Pacifique qui réunit les économies émergentes responsables de l'émission de larges quantités de gaz à effet de serre. Dans le contexte de l'APP6, les pays partenaires travaillent ensemble pour partager et améliorer les meilleures pratiques et recommander des technologies non-seulement efficaces mais également aussi "propres" - c'est-à-dire aussi respectueuses de l'environnement - que possible.
Jorge Juarez Q: As the world needs professionals trained in the field of environmental and sustainable development, I decided to dedicate my life on that. I have a bachelor degree in industrial engineering and more than 10 years of experience and I am actually searching over the world for the most convenient graduate programs to study a Master and PhD in that subject. My question is: What Universities, Colleges or Tech. Institutes are the most convenients for this field?? I will Thank very much.
RobertWDry R: Many colleges and universities around the United States have excellent environmental studies programs and many more are building their programs in response to student interest/demand for graduates with a thorough grounding in environmental studies. You will want to look closely at the range of possibilities. Some universities focus more on the scientific aspects of environmental research, others specialize on legal®ulatory and policy aspects. We've had to Paris to speak an expert, for example, from Duke University on the subject of risk or cost/benefit analysis of environmental regulation. This is a fascinating subject: how to develop and put into practice regulations affecting the environment. Anyway, here are some - of the many - websites to look at. Note: We're not recommending any particular institution. -SUNY College of Environmental Science and Forestry (http://www.esf.edu/) in Syracuse, NY. #85 in the 2008 edition of "America's Best Colleges" guidebook. - College of the Environment and Life Sciences, University of Rhode Island in Kingston, RI (http://www.uri.edu/cels/) - Brown University Center for Environmental Studies in Providence, RI (http://envstudies.brown.edu/) - College of Natural Resources at the University of California, Berkeley (http://www.cnr.berkeley.edu/site/es.php) - Florida Center for Environmental Studies in Palm Beach Gardens, FL (http://www.ces.fau.edu/) - Master of Science in Environmental Studies at the College of Charleston in SC (http://www.cofc.edu/~environ/)"
A: oscar Q: Sur quels sujets vont porter les conférences de Washington cette semaine?
RobertWDry R: Le Président Bush a décidé de réunir les principaux leaders économiques dans le monde afin de fixer avec eux un objectif global de réductions à long terme des emissions de gaz à effet de serre. Le but de la conference est que les grandes puissances economiques puissent parvenir rapidement à un consensus sur la meilleure marche à suivre pour l’apres-Kyoto. La proposition du gouvernement americain reconnaît que le nouveau cadre doit inclure les economies des principaux pays developpés et des pays en voie de développement responsables ensemble de la majorité des émissions de gaz à effet de serre et principaux consommateurs d’énergie. La proposition reconnaît aussi que toute solution avancée pour répondre au problème du changement climatique doit veiller à la sécurité énergétique et promouvoir la croissance économique. Dans le cadre de leur proposition, les Etats-Unis reunissent aujourd’hui ces pays dans le but d’arriver ensemble à un accord global à long terme de réduction des gaz à effet de serre. Chaque pays se fixera aussi ses buts à atteindre à moyen terme en matière de réductions d’émissions en fonction de la situation qui lui est propre.
Pour conclure, voici ce que j'aimerais dire. En tant que nation, nous recevons énormement de critiques concernant notre politique environnementale et pourtant fondamentalement nous sommes nous aussi extrêmement soucieux de préserver l'environnement. Il est vrai que notre prise de conscience a peut-etre été un peu plus tardive qu'en Europe mais nous sommes une société très dynamique et capable de s'adapter rapidement à de nouvelles contraintes. Par exemple, nous avons beaucoup de sociétés de capital-risque qui ont déjà compris les benefices qu’elles peuvent tirer d'investissements dans les nouvelles technologies énergétiques.

